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Les Parisiennes de Maurice Branger

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Du Café aux Tuileries, en passant par la Bonneterie



 
Après le café Renaud (sujet d'une précédente publication) à la terrasse duquel les modèles ci-dessus ont été photographiées par Maurice Branger en 1926, nous retrouvons cette fois-ci les deux dames du café, posant au bord du grand bassin du jardin des Tuileries.

Qui sont-elles ?

 
Lors de mon enquête de 2015, la piste Djuna Barnes et Solita Solano (suscitée par nombre de photos l'indiquant en légende, sur internet) ne m'a pas convaincue. Djuna Barnes était avant tout une journaliste. Lorsqu'elle a fait quelques photos de mode, c'est Man Ray qui l'a photographiée. Depuis 2015 la question de leur identité, ou du moins de leur statut de mannequin professionnel (si tant est qu’elles en aient eu un) est demeurée en suspens...
 
Cependant, en 2017 l'Ambassade américaine à Paris a publié une des deux photos du café Renaud, ainsi légendée : "Deux mannequins américains prenant la pose de Parisiennes élégantesà la terrasse d’un café, vers 1925. © Maurice-Louis Branger /Roger-Viollet".





Cette photo prise au  jardin des Tuileries, nous montre les deux dames du café le nez plongé, non plus dans leurs tasses, mais dans leurs magazines de mode.

Le fait qu'elles soientidentiquement vêtues, à la terrasse du Café, au bassin des Tuileries, ainsi qu'à l'entrée du métro et devant la boutique de lingerie, indique que les six photos ci-dessous ont bien été prises le même jour.







Un détail sur la photo du bassin des Tuileries pourrait faire pencher la balance en faveur d'américaines (ou d'anglaises) mannequins ou non. Il s'agit du magazine, dont j'ai réussi à déchiffrer le titre : Harper's Bazar, qui est celui du mois d'Avril 1926 dans sa version anglaise...









 
Cependant, quand on compare les six photos prises par Maurice Branger un certain jour du second semestre 1926, (souvenez vous la date de l'exemplaire du Sourirereposant sur un guéridon du café Renaud est le jeudi 29 juillet 1926) on n'est pas persuadé de voir là des mannequins en train de présenter des vêtements.

En dehors de la pose de l'une d'elles, un pied sur le bord du bassin des Tuileries, leurs vêtements ne sont pas spécialement mis en valeur
.

Autre chose étrange : que ce soit au café Renaud, près du bassin des Tuileries, devant le plan du métro, ou devant une boutique de lingerie, les deux femmes posent de manière à ce que leurs visages demeurent en partie cachés.
Ce qui pourrait accréditer l'hypothèse d'une lectrice de ce blog, comme quoi il s'agirait des deux journalistes américaines Solita Solano et Janet Flanner dont il a été question dans mon billet intitulé "Deux femmes dans le nombril du monde".
Mais je n'en suis pas persuadée.

En y réfléchissant bien, il me semble à présent que ces photos n'étaient pas des photos de mode à proprement parler. Mais plutôt le genre de photos destinées à illustrer un reportage sur la vie des parisiennes (ou sur le séjour à Paris de deux anglaises) pour le compte d'un magazine féminin anglais, ou américain... Le Harper's Bazaar par exemple !

D'ailleurs, l'hypothèse de mannequins anglaises me semble d'autant plus plausible que Maurice Branger avait également un studio de photographie à Londres.


On peut imaginer, qu'à la demande de Branger, deux jeunes femmes anglaises soient venues spécialement de Londres à Paris et qu'elles avaient rendez-vous avec Maurice Branger pour faire ce petit reportage. Il se pourrait même, que sur le conseil du photographe (dont le studio était situé rue Cambon, non loin du café Renaud) elles aient posé leurs valises à l'Hôtel Richepanse la veille au soir des photos, de manière à être à pied d’œuvre le lendemain matin...

Voici un plan destiné à visualiser les différents lieux de prises de vues, ainsi que l'adresse du studio de Maurice Branger




Comme vous pouvez le constater dans les adresses portées sur le plan ci-dessus, j'ai enfin découvert cellee de la boutique de lingerie devant laquelle la sixième photo de Branger a été prise. Cette dernière énigme une fois résolue va donc clore ma série sur les dames du café Renaud.


.

Regardez bien le bas de la vitrine :





Le nom du magasin est "Harry", à sa gauche (en majuscules) on lit BONNETERIE, et à droite HOSIERS. Hosier est un mot anglais qui signifie bonnetier/bonnetière, au pluriel ce peut être bonnetiers, ou tout simplement bonneterie.
Hosiers avec un "s"à la fin pourrait également indiquer que la boutique vend des bas de contention, ou des bas de laine...

Pour obtenir l'adresse de la bonneterie Harry, suivant mon habitude j'ai commencé par la rechercher dans l'annuaire du Commerce Didot-Bottin :


Actuellement, au 382 rue Saint-Honoré la boutique fait partie des magasins Chanel. Mais heureusement,  le logiciel de Street View enregistre les photos de la voiture Google sur plusieurs années. Ce qui m'a permis d'avoir la preuve qu'en 2008, grâce aux travaux d'aménagement de cette boutique qui ont mis à nu les deux colonnes blanches et cylindriques encadrant la porte d'entrée, et dont celle de gauche est bien visible sur la photo de Maurice Branger, sont toujours là :


2008
2008


1926



Vous l'aurez compris, à propos des six photos de Maurice Branger, en dehors de l'année où elles ont été prises (1926) et de leurs localisations précises, je ne suis sûre de rien.
 
Les dames du Café Renaud gardent leur mystère et pour moi c'est très bien comme ça !







©VesperTilia, échos-de-mon-grenier 2023
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